Contenu

COP 21 Université Grenoble Alpes COP 21 Université Grenoble Alpes

  • Communauté Université Grenoble Alpes
  • COP21-UGA sur Facebook

Accueil > Actualités


Une « bascule climatique bipolaire » mise en évidence lors de la dernière déglaciation

Recherche, Sciences de l'Environnement

Des données importantes pour les modèles climatiques couplés océan-atmosphère

vign-groenland.jpg

Sur la base des analyses d'une nouvelle carotte de glace prélevée en Antarctique, une équipe internationale de chercheurs, membres notamment du Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement de Grenoble (LGGE), vient de démontrer que la dernière transition glaciaire-interglaciaire a connu, comme la période glaciaire précédente, le phénomène dit de « bascule climatique bipolaire ».

L'analyse de carottes de glace forées au Groenland et en Antarctique a montré l'existence, au cours de la dernière glaciation, d'une interdépendance entre les climats des deux pôles appelée « bascule climatique bipolaire ». Vraisemblablement due à des bouleversements dans la circulation océanique atlantique, cette bascule se traduisait soit par des réchauffements rapides et intenses du Groenland alors que l'Antarctique commençait à se refroidir, soit par des réchauffements graduels de l'Antarctique alors qu'il faisait particulièrement froid au Groenland.

Ce phénomène a-t-il perduré durant la période de déglaciation qui a suivi, entre le dernier maximum glaciaire et l'interglaciaire actuel ? La question faisait controverse en raison de résultats contradictoires : des enregistrements climatiques obtenus sur le plateau antarctique montraient une telle bascule alors que l'enregistrement acquis par les Américains sur le site côtier en bordure de la mer de Ross suggérait que les structures régionales de la circulation océanique dans l'océan Austral avaient conduit le secteur de la mer de Ross à suivre une évolution climatique similaire à celle du Groenland.

La nouvelle carotte de glace forée par le consortium TALDICE* à Talos Dôme, le site antarctique le plus éloigné de l'océan atlantique nord (centre d'action de la bascule bipolaire), et dont le forage s'est terminé en décembre 2007 à 1620 mètres de profondeur par l'obtention d'un enregistrement climatique couvrant les 250 000 dernières années, représente l'enregistrement glaciologique le plus long disponible à ce jour à partir d'un site côtier antarctique.

Grâce à un taux d'accumulation de la neige relativement plus important sur cette région côtière que sur le plateau antarctique, ce forage offre en outre la possibilité de reconstituer les conditions climatiques et atmosphériques en Antarctique de l'Est avec une résolution temporelle sans précédent. Le LGGE a pris en main la plus grande partie des analyses du méthane piégé dans la glace, lesquelles sont utilisées pour contraindre la chronologie du forage. La chronologie elle-même a été produite par le LGGE sur la base d'une nouvelle méthode inverse mise au point par ce laboratoire.

Ces enregistrements ont permis aux chercheurs du consortium de relier temporellement de manière très précise les différentes strates de glace de la carotte à celles d'autres carottes de glace du Groenland et de l'Antarctique. La comparaison des tendances climatiques sur ces différents sites révèle qu'un phénomène de bascule bipolaire, associé à un important transfert de chaleur entre les deux hémisphères suite à la réorganisation de la circulation océanique, s'est bien exprimé durant la dernière déglaciation, avec des réponses synchrones aussi bien sur le plateau antarctique qu'en bordure de la mer de Ross. Ce résultat vient invalider ceux obtenus précédemment par les chercheurs américains.

Ainsi, quatre phases se sont succédées durant cette dernière déglaciation :

  • un réchauffement graduel en Antarctique allant de pair avec une période froide au Groenland ;
  • un réchauffement abrupt au Groenland suivi d'une période chaude tandis que l'Antarctique se refroidit graduellement ;
  • une seconde phase de réchauffement graduel en Antarctique alors que le Groenland subit à nouveau des conditions très froides (période dite du Dryas récent) ;
  • un second réchauffement abrupt au Groenland tandis que le réchauffement en Antarctique atteint son point culminant avant de donner suite à un très lent refroidissement durant le début de l'Holocène.

Ces données constituent un apport de tout premier plan pour tester les réponses climatiques simulées avec les modèles couplés océan-atmosphère qui tentent de reproduire la séquence et les spécificités régionales des événements lors du passage d'une période glaciaire à une période interglaciaire.


* Le consortium TALDICE regroupe des laboratoires issus de 5 pays européens : l'Italie, la France, l'Allemagne, la Suisse et le Royaume-Uni. En France, les laboratoires impliqués sont le LGGE de Grenoble, le LSCE de Saclay et le CEREGE d'Aix en Provence. 

 

Référence :
B. Stenni and al. (2011). Expression of the bipolar see-saw in Antarctic climate records during the last deglaciation, Nature Geoscience.

Puce indiquant un lien externePour en savoir plus
Mise à jour le 27 octobre 2015

Membres
Associés renforcés
Associés simples